BALI

On surnomme souvent Bali « l’île des Dieux », et à bien y regarder, on comprend rapidement pourquoi. A Bali, une impression nous submerge, c’est comme s’il n’y avait rien autour de nous qui ne soit pas sacré. La nature à elle seule est un vaste sanctuaire voué au culte, les villages regorgent de temples et de lieux sacrés.

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Au sol, dans chaque rue de village, des petites coupelles en feuille de palmier recueillent les offrandes faites aux Dieux. On y trouve des petits biscuits, des bonbons à la menthe, des fruits, des billets toujours accompagnés d’encens.  Toutes les forces de l’univers positives ou négatives sont ainsi nourries d’offrandes, faites uniquement par les femmes, permettant la répartition équilibrée des énergies.

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Au sein des temples, les prêtres guident les actions des croyants afin d’assurer l’harmonie dans l’univers. Selon la croyance locale, l’île est peuplée d’êtres surnaturels aussi bien esprits que démons. Contrairement à la façon dont sont construites nos civilisations islamo-judéo-chrétienne, très manichéennes (dieu/diable, paradis/enfer, hallam/hallal), ici le bien et le mal semblent coexister dans une même entité, un même esprit peut à la fois être protecteur et destructeur.


V Une des principales particularités culturelles de l’Ile est d’avoir gardé une religion de type hindouiste, malgré la présence de certains traits bouddhiques. C’est une combinaison de cultes aux ancêtres et aux forces de la nature qui occupe le quotidien des balinais. La plupart des croyants passent quotidiennement un temps très important à tailler les plantes avec beaucoup de soin, ainsi qu’à honorer leurs défunts et les  trois grandes divinités hindoues :

– Vishnu : gardien qui maintient et protège l’Univers.

– Shiva : ascète érotique qui a le pouvoir de la destruction du monde mais aussi de sa recréation et de sa fertilité.

– Brahmâ : Dieu créateur.

L’île, n’est pas uniquement ce havre de paix faits de temples, de spiritualité et de belles plages. Le coin sud-ouest, notamment le triangle Seminiak-Legian-Kuta, condense,  à peu près, tout ce que la société occidentale a fait de plus moche. On y rencontre hélas l’ultraconsumérisme des stations balnéaires bétonnées de boîtes de nuit et de bordels bon marché.

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COMBATS DE COQ

Bien que cela n’ait aucun rapport direct avec notre film, il est difficile d’aborder la culture balinaise sans parler des « tajen » : les combats de coq. Très loin du raffinement des cérémonies et des danses balinaises, ils sont pourtant une activité très importante dans le lien social et spirituel des balinais.  Ces combats sont interdits en dehors de ceux qui se déroulent dans l’enceinte des temples (le watilan), pourtant des combats secrets destinés uniquement aux paris, ont lieu tous les jours dans les villages, cachés entre deux rizières en terrasse.

CLe combat de coq, à l’origine, vise à apaiser l’esprit et l’appétit des démons en leur offrant des vies animales. Aujourd’hui, chez les balinais amateurs de tajen, la dimension de jeu d’argent a une place peut-être plus importante que la dimension spirituelle. Des personnes rencontrées nous ont ainsi avoué avoir perdu leur moto, voir même leur maison à la suite de dette de jeu, mais pendant qu’ils nous parlaient, ils continuaient à parier, liasse de rupiah indonésienne en main…  A Bali, comme dans d’autres pays d’Asie, l’agressivité affichée est très mal vue en société. Le respect de l’autre, le fait de ne jamais le mettre mal à l’aise et le « maintien de la face » sont des valeurs fondamentales. On peut être amené à penser que ces combats sont aussi là pour canaliser et afficher cette agressivité qui ne peut que rarement être détournée. Nous avons par la suite compris que le fait de parier sur un coq et donc « contre » un coq est également un moyen d’affirmer les luttes au sein de divers clans, de diverses familles. Au delà de la dimension spirituelle, financière on trouve également une logique symbolique très importante. Dans la pratique, un homme ne parie jamais contre un coq dont le possesseur est membre de sa parenté. Estime, honneur, dignité, position sociale se jouent dans ses combats.

combat de coq

Avant que les coqs soient lâchés, l’arène est en ébullition. Chaque spectateur remue de l’argent en pariant sur son « poulain », des coalitions se forment. Lorsque le combat commence, et que le gong retentit, l’arène se tait, on entend seulement le bruit des plumes des combattants. D’abord les coqs se toisent, relevant les plumes de leurs collerettes, puis ils s’attaquent violemment. Chacun essaie de voler au dessus de son adversaire et de l’écraser afin d’enfoncer la lame accrochée à son ergot dans la tête de l’autre coq.

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Le sang coule sur leurs plumes et se mélange à la terre de l’arène. Environ 30 secondes plus tard, un coq est au sol et l’on retire immédiatement le coq vainqueur afin d’éviter qu’il se blesse. Si les coqs refusent de se battre, on remue leurs plumes, on les secoue, on les provoque, et on les met tout les deux dans une petite cage en osier.  L’issue est alors très rapide. Dès la fin du combat, le brouhaha reprend, ca crie, les billets sont jetés de main à main et l’on parie pour le combat suivant…

PORTRAIT :    Dr Luh Suryani

L’idée d’un séjour à Bali, s’est fait en partie grâce à l’espoir de rencontrer Luh Suryani, psychiatre, fondatrice du Suryani Institute For Mental Health.

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En parallèle de ces consultations cliniques « classiques »,  cette psychiatre sillonne deux des régions les plus pauvres de Bali pour soigner des patients atteints de maladie mentale, enchaînés à des arbres ou mis en cage. En effet, dans de nombreuses familles pauvres d’Indonésie, on ne sait pas quoi faire des « fous ». Au sein de familles traditionnelles, cela peut amener la honte, la peur, car la cause de la maladie mentale est parfois prise pour un sort ou une malédiction des esprits. Prendre soin d’une personne malade demande également une attention constante et une importante somme d’argent que ces familles n’ont pas. Une des solutions de force trouvée par ces familles désespérées est alors d’enchaîner les malades dans la forêt afin de les éloigner de la famille et des troubles qu’ils pourraient causer. La tâche du Dr Suryani est de partir à la rencontre de ces patients et des familles afin d’apporter un soin et un autre regard sur la maladie mentale.

La méthode du Dr Suryani et de son équipe d’une dizaine de volontaires combine la psychiatrie moderne et le respect des traditions locales. Comme tout psychiatre, elle administre des psychotropes, mais elle conseille régulièrement aux familles de consulter un guérisseur. En parallèle elle anime des groupes de méditation pour des malades et des soignants. Au cours de l’entretien, le Dr Suryani nous parlera de sa solitude dans le milieu des psychiatres et psychologues indonésiens. En effet, malgré le background culturel que l’on peut imaginer chez la plupart des thérapeutes locaux, l’idée qu’un trouble ait une cause ou un traitement métaphysique n’est absolument pas envisageable.  Dr Suryani fait alors office d’Ovni dans le paysage indonésien, sa position ethnopsychiatrique ne fait pas l’unanimité.

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Luh est une femme très occupée, également active dans le milieu universitaire au travers de cours et d’écritures de livres. Sa prise de position en faveur des malades « enchaînés » n’est pas que le geste humanitariste d’une psychiatre militante, il s’agit d’un geste hautement politique. De nombreux reportages ont étés consacrés à la pratique de Suryani, en Asie du Sud-Est mais également en Europe. (Voir ci-dessous.) Cette exposition médiatique a amené le gouvernement à revoir sa politique de santé sociale et des tentatives d’insertion des malades mentaux commencent à se mettre en place dans la capitale. Malgré tout, un travail de fond reste à faire auprès des paysans, sans pour autant  rejeter leur croyance. Le principal problème reste celui de la précarité de ses familles qui n’ont que peu d’alternatives à cette stigmatisation. Tant que l’île restera soumise à l’intérêt d’entreprises et de promoteurs immobiliers étrangers et que le tourisme ne sera tourné que vers des centres névralgiques de l’île, les choses ne changeront que trop lentement.

On se demandera à plusieurs reprises comment Luh peut trouver le temps et l’énergie pour organiser tous ces combats de front. Dr Suryani nous avouera ne dormir que deux ou trois heures par nuit depuis son adolescence, en partie grâce à la méditation. Pas de fatigue apparente chez cette femme d’une soixantaine d’années mais au contraire une énergie débordante et un sourire sincère.

3 réflexions au sujet de « BALI »

  1. Salut,
    Eh ben, il est à la fois captivant et troublant cet article sur Bali… Super intéressant en tout cas, mais on se demandait, et le Japon ?

    Bises et bon courage pour le retour!

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