Note d’intention & de réalisation

NOTE D’INTENTION

La psychiatrie, est plus particulièrement l’institution psychiatrique est souvent perçue comme une étrangère dans le paysage d’une société. Enigmatique, inquiétante, elle fait l’objet d’un grand nombre de fantasmes et de représentations. Il s’agit pourtant d’un lieu de vie, d’un lieu de travail aussi où différents acteurs du milieu médico-social tentent ensemble de répondre à une demande: celle d’un soin psychique.

Au sein de cet espace et dans le cadre de cette demande il y a donc des gens engagés dans une relation toute particulière: la relation soignant soigné. C’est de cette relation que notre film documentaire se donne pour objectif de parler.

Nous sommes, en effet, deux soignants, deux jeunes psychologues et nous avons déjà pu observer, au court de notre expérience clinique, toute la richesse de cette relation qui s’instaure entre un patient interné en psychiatrie et son soignant.

Je me rappelle de cette patiente mélancolique, atteinte d’une pneumopathie mettant en péril son pronostic vital. J’assurai alors un entretien de sortie de l’hôpital avec l’interne psychiatre du service. Nous avons passé plus d’une heure en entretien à tenter de convaincre cette patiente d’intégrer le service de pneumologie et nous n’avons fait que nous heurter à son refus. Cette femme avait l’âge de nos mères, il était terrible d’imaginer qu’elle refuse d’être soignée, il était terrible, bien égoïstement, d’imaginer faillir en tant que soignant à la bonne prise en charge de cette patiente. Je la surnomme aujourd’hui Madame Hippocrate en référence au serment prononcé par les médecins et qui pousse le soignant, inévitablement, à se sentir dans l’impasse, voire dans l’impuissance face à un refus de soin.

Nous étions désarçonnés dans la salle de consultation, à tel point que l’interne a fini par craquer et par dire à la patiente: “vous comprenez pas, vous allez crever! Si vous faites pas ce que je vous dis vous allez crever, cre-ver!”. Madame Hippocrate s’est mise à pleurer et elle est partie.

Ma journée est finie, j’arrive au métro et je double Madame Hippocrate dans les escaliers. Elle peine à avancer, s’arrête pour reprendre son souffle. Je ne me retourne pas car dehors je suis une inconnue mais j’ai le cœur qui bat: j’ai envie de l’appeler tantôt maman tantôt ma fille, de la prendre dans les bras, de lui porter ses sacs plastiques, de l’amener à l’hôpital…

La relation soignant soigné c’est également ça, deux biographies qui se rencontrent. Si l’on ne choisi pas le métier de psy par hasard, on ne choisit pas de se retirer dans la folie par hasard non plus. Ce sont des petites bribes d’histoires familiales, évènementielles, sociales, culturelles qui se chevauchent et s’entrechoquent et qui font qu’à moment donné deux personnes se rencontrent dans ce cadre. C’est tout cela que ce film veut raconter.

Il y a également l’idée, dans le fait de traiter de la relation soignant soigné, de parler de cette étrangeté à se trouver dans une telle relation à autrui. Nous sommes tous amenés à partager des instants avec telle ou telle personne au cours de notre existence. Avec nos proches d’abord, mais aussi avec la boulangère de notre quartier, un collègue de travail, une voisine. Toutes ces relations constituent notre cercle social plus ou moins élargi. Et puis il ya tous ces gens que l’on croisera qu’une fois dans sa vie dans une bouche de métro et tous ceux que l’on ne croisera jamais. Il est déjà tout à fait étonnant de faire ce constat. Lorsqu’on est soignant se rajoute à cette multitude de relations, la rencontre avec un patient. C’est aussi sûrement ce qui fait à la fois sa magie comme son inquiétante étrangeté : aller à la rencontre de cet humain spécifiquement pour un temps donné et partager avec lui son histoire.

Le film documentaire se donne alors pour but de traduire cette fabuleuse invraisemblance de la rencontre et de la situation thérapeutique.

Enfin, notre projet de film documentaire s’inscrit dans le cadre d’un voyage “tour du monde”. C’est donc dans ce cadre que nous avons envie de filmer la relation soignant soigné. En ce sens, nous allons tenter de traduire dans ce film l’expérience de décentrage culturel que suscite la rencontre avec les soignants et les malades d’une autre culture.

Si en France, il existe une multitude de formes de prise en charge de la maladie mentale, elle s’inscrit malgré tout dans un contexte culturel donné, marqué par des conventions, des interdits, un certain style de mode relationnel. Tout ceci varie d’une culture à une autre, tout simplement parce que le soignant comme le soigné, au delà de son statut, est marqué par le sceau de son éducation, de sa culture. Par exemple, si il n’est pas malvenu de regarder dans les yeux en France, il existe certaines cultures où cela représente un affront. De la même manière, un psychiatre en France deviendra un grand sage en Asie ; un schizophrène deviendra un homme doté de grands pouvoirs en Amazonie, puisqu’ici, encore une fois, tout est question de culture. Le film se donne donc pour objectif d’apporter un nouveau regard sur la psychiatrie dans une visée interculturelle.

NOTE DE REALISATION

Ce film documentaire présentera quatre couples soignants soignés qui seront les personnages principaux de notre propos. Chaque couple soignant soigné sera le représentant d’une culture, d’une société mais aussi d’une institution.

Nous filmerons une première relation au Canada, une deuxième au Brésil, une troisième en Argentine et en fin, une quatrième au Vietnam.

Afin de retranscrire au mieux les modalités de la relation soignant soigné, nous filmerons selon plusieurs points de vue.

Il s’agira, en premier lieu, de filmer des entretiens thérapeutiques, des échanges du quotidien entre le soignant et son patient.

Nous filmerons donc, au sens plus large, le quotidien du soignant tout comme celui du patient au sein de l’institution (des moments de détente, des réunions d’équipe, des ateliers thérapeutiques…)

Enfin, nous ferons sortir la caméra du cadre de la relation et de l’institution pour suivre le soignant tout comme le soigné dans leurs familles respectives et leur intimité. Partant, en effet, du postulat que la relation soignant soigné est la résultante de la rencontre de deux subjectivités. Il s’agira de pouvoir en saisir l’essence en laissant place à un dispositif filmique intimiste. De façon à agrémenter le film, nous pourrons aussi décider de filmer des individus, de les interviewer au sujet du regard qu’ils portent sur la psychiatrie; mais aussi des paysages urbains pour apporter au portrait relationnel toute sa perspective culturelle.

Les principaux éléments du documentaire étant alors présentés nous pouvons, à présent, préciser sous quel angle nous souhaitons les filmer.

Tout d’abord, concernant la relation soignant soigné, nous prendrons appui sur la notion psychanalytique du transfert et du contre transfert. Ainsi le dispositif filmique le plus adapté semble être celui du champ et du contre champ pour donner à la fois du dynamisme à l’image et rendre compte de l’échange relationnel et infra verbal.

Le soignant et le soigné filmés séparément au sein de l’institution seront cadrés avec plus de distance. La caméra aura alors une activité plus déambulatoire, contemplative. Pas de parti pris spécifique donc si ce n’est celui de se laisser bercer à la fois par le rythme de l’institution et par les différents mouvements de nos personnages principaux au sein de cet espace.

Les scènes dans lesquelles le soignant ou le soigné sont filmés dans leur cadre familial, social, en dehors de l’institution, seront cadrées comme si un personnage à part entière existait à la place de la caméra. Il s’agira donc de vivre au rythme des membres de la famille, de se mettre à table avec eux, de partir se promener, etc. Tout comme le témoin indiscret du personnage que nous filmons.

Enfin, le cadre socio culturel et sociétal dans lequel s’inscrit la relation seront retranscrits à partir d’images d’interview (type micro trottoir) et de paysages urbains où nous tâcherons d’apporter esthétisme et contemporanéité par des plans plus fixes et des cadres graphiques (choix de lumière, de rythmes, de couleurs) que le reste du documentaire ne pourra pas forcément se permettre de privilégier le reste du temps.

4 réflexions au sujet de « Note d’intention & de réalisation »

  1. Un magnifique projet qui intéressera autant la psychologie que l’ethnologie et l’anthropologie (si si, il existe une différence). Bravo pour cette démarche qui ravira les curieux (je suis pressée de voir vos images).

  2. Des images et des mots, le tout posé sur des Personnes, au travers du filtre de la culture…le projet est vraiment beau et ambitieux. Quand aurons nous l’occasion de profiter de ce documentaire? L’idée d’un livre reportage, « lomographié » est-il dans les projets?

  3. Bonjour,

    Je suis producteur de documentaires et trouve votre projet particulièrement intéressant.
    Pourriez vous me contacter ?

    samuel.moutel[a]keren-production.fr

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