USA

NEW YORK

Nous avons commencé notre voyage par une traversée des Etats Unis. Ce pays fantasmé, immense, pluriel. Cette terre d’accueil aussi, nouvelle, sur laquelle les espoirs de nombreuses minorités se sont fondés. Il est difficile de voyager dans ce pays sans questionner son appellation : les Etats Unis. Des états multiples, singuliers, unis autour d’un patriotisme très puissant. Des états unis et désunis en même temps.

L’état, et plus précisément la ville de New York ont constitué la première étape de notre voyage. Une ville à la fois centre culturel, cosmopolite, communautaire. New York ressemble à une mosaïque culturelle et religieuse où se côtoient, de blocks en blocks, de Williamsburg à Nolita, en passant par West village ou Coney Island : afro-américains, chicanos, juifs hassidiths, asiat’, hipsters… En tant que touriste, il règne ici un espoir de « tout est possible », une utopie multiculturelle.

Cependant, à y regarder de plus près, chacun rentre dans son ghetto comme dans une case. S’agirait-il d’un communautarisme accepté et d’un système moins hypocrite que celui que nous connaissons en Europe ou bien d’une vaste plaisanterie tout aussi hypocrite où une compartimentation humaine en blocs de bétons est de mise ? Sûrement un peu des deux.

Ici on est américains, « états-uniens » avant d’être mexicain, chinois, quaker, scientologue ou mormont. D’où la question essentielle que pose tout New Yorkais qui se respecte « What’s your neighborhood? », pour ne pas dire « qui es-tu ? » car le quartier dans lequel on vit est aussi une manière de parler de soi et de son bagage culturel. Mais dis-donc on n’est pas si loin du snobisme parisien finalement ! ….

LOUISIANE

Nous avons poursuivi notre voyage par une traversée de la Louisiane. De la fameuse New-Orléans à Lafayette en passant par Houma et Calumet. La Nouvelle Orléans mérite quelques mots à elle seule tant son histoire est riche. Berceau de la musique jazz, elle est une ville à visages multiples.  Le « french quarter » ou « quartier touristique par excellence » de Nola où trône fièrement et bruyamment la « Lombard street » ressemble aujourd’hui à une caricature d’une histoire ségrégationniste passée. Des musiciens noirs viennent ici jouer une musique sans conviction, « alimentaire » pour de riches touristes blancs. On pense aux musiciens de la superbe série « Treme » pour qui jouer sur Lombard Street constitue à la fois la honte et le seul moyen de survie.

Le « french quarter » détient tout de même de beaux secrets lorsqu’on s’enfonce dans les petites rues et que nos oreilles se tendent jusqu’à des quartiers moins usurpés de la ville où des groupes tels que le « Hot 8 Brass Band » se produisent encore et témoignent de l’intimité et de l’histoire de leur ville en soufflant  dans leurs trompettes.

Au delà de la Nouvelle Orléans, la Louisiane jouit d’un passé culturel très riche : celui de nos cousins les Acadiens (devenus « Cajuns » avec l’accent américain). Un peu d’histoire… Ce peuple d’aventuriers partis de France en 1604 pour s’installer sur les côtes canadiennes se sont liés d’amitié avec les autochtones (les indiens Mi’qmaqs) qui leur ont appris leurs techniques de pêche, de chasse et de construction afin de s’adapter aux conditions climatiques locales. Certains se sont métissés aux locaux (fait très rare à cette époque). Leur territoire a été annexé à plusieurs reprises (Québec, Ecosse, Angleterre) mais les Cajuns sont toujours restés neutres et très liés aux natifs. En 1755, alors colonisés par les Anglais, ils refusent de devenir des alliés pour combattre le Québec français. Un « nettoyage ethnique » a alors eu lieu face à tant de résistance et les quelques Cajuns survivants ont alors émigrés en Louisiane. Retenons qu’aujourd’hui, la préservation de leur identité (toujours très forte) est à la fois passionnante et exemplaire. Il existe toujours une musique cajun, une langue, une architecture… Un bel exemple de respect des identités locales, de métissage, et de non-assimilation.

Enfin, la Louisiane porte encore les stigmates du terrible ouragan « Katrina » de 2005. Souvenons-nous de cette phrase du rappeur Kanye West, qui avait publiquement pris la parole pour dire que pendants les inondations, aux yeux des militaires : « les blancs qui entraient dans les maisons désertées se contentaient de survivre, de sauver leur peau mais les noirs qui faisaient la même chose étaient des pilleurs que l’on abattait depuis les hélicoptères ». Nous avons pu, au cours de notre séjour, prendre toute la mesure de l’effet post-traumatique de cette catastrophe naturelle. Nous étions en Louisiane lorsque l’ouragan Isaac s’est manifesté. Nous avons été pris dans l’affolement général de la population locale qui, à présent, ferme boutique et quitte la zone côtière au moindre coup de vent. Nous avons suivi le mouvement et avons alors quitté la ville. Nous en avons profité pour visiter les bayous, ces immenses marécages formés par les anciens bras du Mississipi.

TEXAS

Après des kilomètres sur un bitume américain ponctué de stations-services et de fast-food, nous avons atteint le Texas et sa ville très dynamique et rock’n’roll : Austin. Changement de décor, changement de culture aussi. Ici le passé ne semble pas exister. Nous sommes dans l’Amérique neuve et vierge d’histoire. Ici il n’y a pas de vieux murs mais des jeunes gens à leurs guitares.

Un peu plus loin sur la route du Nouveau Mexique, nous rencontrons les villes de Fort Worth (ou la ville en carton pâte des westerns et de la santiag) et de Floydada (presque trop paisible). Ici règne une atmosphère d’absence : vente d’armes dans les supermarchés de village, malbouffe et obésité quasi-générale, taxidermie, herbes jaunes et asséchées sur les bas côtés de la route. Tout cela est à la fois cinégénique et maussade.

Nous sommes aux Etats-Unis alors que les débats Romney/Obama battent son plein. Pour une grande majorité de Texans rencontrés sur la route, autant vous dire qu’il n’y a pas de doute possible, Romney doit devenir le prochain président américain…

NOUVEAU MEXIQUE & UTAH

La traversée du Nouveau Mexique et de l’Utah nous a réservé de nouvelles surprises culturelles. Nous avons fait la « connaissance » de jeunes-hommes Navajos. Les Navajos sont une ethnie encore très présente aux USA aux confins de l’Utah, du Colorado, du Nouveau Mexique et de l’Arizona. Leur religion affirme entre-autre qu’il existe une terre mère et un ciel père que l’on se doit d’honorer chaque matin. Les Navajos construisent leurs maisons orientées vers l’Est, elles doivent avoir la forme d’un ventre de femme enceinte. D’autres spécificités amusantes et didactiques : chez les Navajos il est impoli de se regarder dans les yeux, tout comme de se toucher entre étrangers et les cheveux longs sont signe de sagesse.

Les jeunes hommes que nous rencontrons nous apprennent également qu’ils sont la première génération à se marier avec des gens d’une autre culture. Leurs parents et grands-parents ne se mariaient qu’entre Navajos. Les « medecine men » jouent encore un rôle très important dans l’accueil de leurs maladies, peut être plus important que celui d’un docteur « classique ». Lorsque les Navajos tuent un animal, ils remercient le ciel et demandent pardon à la bête. Ce rituel est toujours pratiqué aujourd’hui et place sûrement les jeunes que nous rencontrons face à des paradoxes : lorsqu’ils mangent un Big Mac qui remercient-ils ?

Nous partons à la découverte d’une de leurs terres sacrées : la Monument Valley. Une terre ocre à perte de vue et au milieu des immenses rochers en forme de doigt, de chefs indiens, ou de ce que l’on veut si l’on fait preuve d’un peu d’imagination.

NEVADA

Après les merveilles naturelles qu’offre l’état de l’Utah au voyageur véhiculé, nous arrivons dans ce que l’homme peut fabriquer de plus absurde : la ville de Las Vegas. Ici tout est en « toc », même les sourires. Il y a un faux Paris, un faux Venise, des gondoles et des gondoliers sous un ciel d’azur à 3 heures du matin. En tant que psychologue il est intéressant de se demander comment un psychotique saurait se repérer dans un tel univers. D’ailleurs Las Vegas est sûrement la ville la plus psychotique que nous ayons vu : faux-self, perte de contact avec la réalité, déni et illusion sensorielle. Il y a aussi la question de l’argent ici qui conditionne tout échange humain. Nous repensons alors à notre rencontre avec Jim (notre hôte de woofing) qui avait comparé son pays à une psychologie d’adolescent : « all is dream, money and illusion ».

Nous quittons ce fou microcosme, roi du Casino, du plaqué or et de la débauche pour les paysages lunaires de la Death Valley et la beauté de l’état californien.

CALIFORNIE

La Californie semble scindée en deux. Au nord le cerveau de l’industrie informatique (San Francisco) et au Sud (Los Angeles) : l’industrie cinématographique. Et de haut en bas, la Highway 1 : une des plus belles routes qui puisse exister au bord d’un océan. Elle démarre au milieu des nuages et se termine aux pieds des palmiers. Nous parlerons ici principalement de Los Angeles où nous avons réalisé le portrait d’une psychologue dans le cadre de notre projet-film « Folie d’ici et d’ailleurs ». Los Angeles est une ville étonnante pour deux jeunes français du Sud habitués à des centres villes coquets (clochet, bar tabac, vendeur de journaux). Nous sommes ici bien loin des échanges humains et des décors dans lesquels nous avons grandi à Toulouse, Pouvourville ou Marseillette !

La ville de Los Angeles fait plus de 200 kms de long. Autant dire qu’ici le meilleur allié de l’homme est la voiture afin de se déplacer de quartier en quartier. Lorsqu’on la découvre, la ville se présente comme grossièrement compartimentée en trois centres :

– Le quartier de Beverly Hills, Hollywood et Bel Air que nous avons tous vu en images de sitcoms édulcorés où se nichent les « stars », l’industrie du cinéma et les personnes aisées.

– Les quartiers de Venice beach et de Santa Monica en bord de mer où se mélangent joyeusement des artistes marginaux, des fumeurs de marijuana (légalisée ici), des sans-abris et des skateurs de tout âge.

– Et enfin le quartier de Downtown qui signifie « centre-ville » mais qui ressemble à un quartier d’affaire, traversé par le fameux quartier de « Skid Row » occupé par des milliers de sans-abris. Ils sont les yeux et les oreilles de cette ville.

La misère sociale et l’évidence d’un système de santé publique défaillant sont palpables. C’est dans ce tableau hétéroclite, à la fois jovial et déconcertant de misère sociale que nous avons réalisé notre premier portrait de psychologue : celui de Catherine Selden, 50 ans, psychologue clinicienne et profiler pour la télé réalité depuis près de 20 ans.

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Portrait : Catherine SELDEN

Madame Selden nous accueille avec beaucoup de simplicité dans sa demeure sur les hauteurs de West Hollywood. Décor de film garanti. Nous échangeons pendant près de 2 heures sur sa pratique de clinicienne, ses spécificités culturelles et environnementales. De manière non exhaustive nous avons pu retenir plusieurs points intéressants lors de cette rencontre.

Le Pragmatisme américain : « Ici tout se prouve, la psychologie est une science, il n’y a pas de place pour les théories et les opinions », se sont les mots de Madame Selden, ceux auxquels elle s’est conformée en pratiquant le métier de psychologue aux Etats Unis. Madame Selden utilise principalement et quotidiennement le test du MMPI.  Un questionnaire de plus de 500 questions qu’elle propose aux candidats de « real tv show ». Ce test lui permet de prédire le comportement des sujets qu’elle interroge mais aussi de faire un recrutement méticuleux des candidats pour les émissions de télé réalité. Les candidats doivent être assez fous pour exciter les spectateurs, émotionnellement expressifs (sinon on s’ennuie) mais ils ne doivent pas être trop fous non plus (pour éviter tout danger).  Notre formation de clinicien en France pousse forcément à l’interrogation face à cette pratique  en terme de technique : des chiffres qui prédisent des comportements ? Mais aussi en terme d’éthique professionnelle : profiler oui, mais à quelle fin ?

Nous sommes cependant surpris par la rigueur et la justesse de cette professionnelle, assumée et qui a su s’adapter pleinement à cette culture (qui n’est pas la sienne) tout en sachant porter un regard critique sur cette dernière.  Le pragmatisme de Mme Selden s’explique également par sa formation (juridique puis doctorale en psychologie empirique) mais aussi par les nombreuses démonstrations scientifiques qui lui sont réclamées lorsqu’elle est amenée à témoigner au tribunal. En effet, en tant que profiler, cette psychologue au cœur bien accroché a longtemps été confrontée à du « profiling » moins divertissant que celui pratiqué pour la TV réalité.

L’anti-psychanalyse : Et mesurons ici ce terme car Mme Selden admet que la théorie psychanalytique est utile à la compréhension de certaines pathologies. Cependant elle s’oppose férocement à l’usage de la psychanalyse lorsqu’il s’agit de diagnostiquer et de prendre en charge une pathologie telle que l’autisme par exemple.  En tant que cliniciens éveillés aux théories psychanalytiques, nous n’hésitons pas à venir la questionner sur l’étiologie de la psychose et de la perversion de façon à venir contrarier un peu son discours, mais tout cela reste bon enfant car nous savons tous les trois qu’à notre époque le débat TCC / Psychanalyse est quelque peu stérile et qu’avant de penser une théorie qui nous convienne, il semble bien plus essentiel de s’adapter au sujet qui se trouve en face de nous.

Nous quittons Mme Selden enrichis, plein de nouvelles questions et en bonne voie pour construire notre propre identité de psychologue au cours de ce voyage, par la contradiction, le débat et le partage.

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7 réflexions au sujet de « USA »

  1. Elle a rajeuni la patiente de Freud à L.A. ou bien?
    et doucement sur le snobisme parisien, comme le dit le t-shirt de mon boulanger ce matin aux croissants: »on ne vit qu’à Paris ». Snobisme ?…

  2. J’ai appris ce matin , lors d’une interview de votre célèbre soeur ( ou belle-soeur), l’existence de votre projet. Excellente initiative que de faire ‘l’éloge’ de la folie ‘all over the world’. Je suis impatient de vous voir débarquer dans les contrées où elle revêtira son aspect le plus pur, à savoir vierge de tous les catalyseurs occidentaux ( stress – cinéma – solitude – hyperconsumérisme …)ou autres traités de classification ( ces fameux traités qui classifient chaque comportement non conformes en tant que trouble) qui les uns et les autres font de nous des fous en puissance.

  3. Très interessant commentaire sur une certaine vision de l’Amérique « Etasunienne », je ne suis pas trop surpris…Merci
    Yvan

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